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Wyclef Jean, candidat par défaut

Paru dans La Presse le 7 aout 2010

Sociologue d’origine haïtienne, l’auteur est Chargé de cours à l’université McGill et consultant en gouvernance et planification stratégique.

En quelques minutes sur les ondes de CNN, Wyclef Jean a démontré son incompréhension de la politique haïtienne et des enjeux pour l’avenir du pays. Il a raison quand il dit qu’il ne peut pas faire pire que ceux qui ont dirigé Haïti depuis 200 ans. Mais ça ne peut pas être une raison valable pour se lancer en politique. Il a raison de dire qu’il y a une opportunité de reconstruire sur de nouvelles bases. Être Président d’Haïti n’est pas l’unique façon de contribuer à la reconstruction et c’est probablement le moyen le moins efficace pour lui.

Après le départ des Duvalier, Haïti s’est doté d’une Constitution qui a enlevé beaucoup de pouvoir au Président pour barrer la route aux éventuels dictateurs. De plus, la crise actuelle a officialisé la participation des instances internationales aux affaires de l’État, ce qui fera du prochain Président un collaborateur au sein d’une coalition internationale. Il devra entre autre garantir aux pays donateurs, que les 10 milliards promis pour la reconstruction sont un investissement rentable aux mains de gens fiables dans un pays qui ne représente pratiquement aucun intérêt géopolitique.

Si Wyclef Jean se sens interpellé au point d’abandonner sa prolifique carrière internationale au risque de tout perdre, c’est parce qu’aucun parti, aucun leader n’a été capable de s’imposer comme une alternative crédible au gouvernement de René Préval. Si la classe politique haïtienne n’a pas encore fait front commun pour sortir le pays du marasme créé par les évènements du 12 janvier c’est parce que le mieux-être des Haïtiennes et des Haïtiens ne fait pas partie de ses priorités. C’est le genre de vide qui permet a des candidats sans expérience, sans vision et sans programme de se faufiler sur la seule base de leurs capacités à mobiliser les foules et à créer de l’espoir pour les jeunes et les démunis. Ça, Wyclef Jean l’a compris. Cependant, cette recette a un air de déjà vu et rappelle le parcours de Jean-Bertrand Aristide.

Si sa candidature est confirmée par le Comité électoral, Wyclef Jean a la popularité nécessaire pour remporter les élections. En misant sur l’éducation, l’agriculture, la sécurité, et les soins de santé, Il a démontré son manque de préparation et sa capacité d’improviser. Ces sont des points élémentaires de tout programme politique dans n’importe quel pays. Dans le cas d’Haïti il faut plus que ça pour sortir les gens de la misère abjecte. Outre l’aide directe de sa fondation, Wyclef Jean a déjà fait beaucoup pour Haïti. Il a été le premier artiste international à affirmer ses origines. Il a permis à des jeunes artistes de développer leur carrière et il a initié des collaborations avec les plus grands noms de la scène artistique pour faire connaitre et découvrir Haïti. Il a redonné le gout aux jeunes de la diaspora d’affirmer leur appartenance à cette culture. Voilà une façon efficace de contribuer et qui est à l’intérieur des ses compétences. En déposant sa candidature, Wyclef Jean a rallumé les projecteurs sur Haïti. Ainsi, il aura fait la démonstration que son éventuelle accession à la présidence fera perdre à Haïti son plus grand ambassadeur de tous les temps.

Frederic Boisrond, MBA

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