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Pas d'amis, mais des partenaires économiques

Paru dans Le Devoir le 8 avril 2010

Sociologue d’origine haïtienne, l’auteur est Chargé de cours à l’Université McGill et consultant en gouvernance et stratégie d’affaire pour organismes à but non-lucratif.

Un pays se construit en développant des mécanismes de participation à l'économie mondiale. Dans cette optique, il n'y a pas de place pour l'amitié. Depuis 1801, les pays amis d'Haïti ont tout fait pour empêcher le pays de participer à l'économie mondiale. Les résultats de la réunion du 31 mars 2010 à l'ONU s'inscrivent dans une succession d'obstacles pour maintenir les Haïtiens dans la pauvreté.

L'indépendance d'Haïti a été réalisée parce que Napoléon Bonaparte a refusé le projet de Constitution élaboré en 1801 par Toussaint Louverture. L'article 3 de cette première Constitution disait que sur le territoire, tous les hommes naissent, vivent et meurent libres et Français. La Constitution de 1801 n'était rien d'autre qu'un projet de souveraineté-association avec la France qui prévoyait des mécanismes d'échanges économiques avec la métropole. Toussaint Louverture était le premier et le dernier chef d'État haïtien à avoir eu une vision qui positionnait le pays pour une participation dans l'économie mondiale.

Le refus de Bonaparte est le premier obstacle qui a provoqué, en 1804, une guerre qui a ruiné toutes les chances d'Haïti. Cette victoire spectaculaire est aussi un fardeau au développement puisque Haïti est devenu indépendant 50 ans avant la révolution industrielle avec une imposante dette de guerre. Deuxième obstacle: les présidents américains Jefferson, Madison et Monroe n'ont pas reconnu la République haïtienne. C'est en 1862 que le gouvernement de Lincoln l'a fait. Trop tard. Isolé du marché américain, des développements techniques et des innovations de l'époque, Haïti prendra un retard irrécupérable et ratera le rendez-vous avec la révolution industrielle de 1850 et avec tous les autres changements structurels qui suivront.

Troisième obstacle: le pays a connu des crises successives de leadership dont la conséquence est une absence de vision. Depuis les années 1950, Haïti forme des professionnels qu'elle est incapable d'intégrer dans des structures économiques et sociales. Ce sont les pays amis d'Haïti qui ont profité de l'exode de ses cerveaux. Ce sont les pays amis d'Haïti qui ont organisé l'exil des gouvernants qui se sont succédé au pouvoir, empêchant ainsi de les juger pour leurs malversations.

Les amis ont ainsi régularisé l'impunité et empêché cette société de renforcer ses règles de gouvernance. Résultat: les Haïtiens votent pour les gens qui leur paraissent les moins menaçants. Ils ont élu des politiciens sans programme, sans projet de société et sans vision. Ne soyons pas étonnés que la classe politique haïtienne soit incapable de saisir les occasions qu'offre cette crise pour développer et structurer l'économie du pays.

Le dernier obstacle au développement d'Haïti vaut 10 milliards de dollars. Cette somme promise lors de la réunion du 31 mars ira en grande partie à des ONG dont la grande majorité ne fait pas de transfert de compétences aux Haïtiens, ce qui place le pays dans une situation de dépendance. Des centaines d'ONG sont présentes en Haïti depuis plus de 30 ans et le pays est encore le plus pauvre de l'hémisphère nord.

On ne construit pas un pays avec de petites coopératives de travailleurs, ni en donnant des biscuits achetés en Suisse, ni avec des ateliers de misère, ni en parrainant des enfants. Ça ne fait que soulager la conscience de l'un et nourrir la misère de l'autre. Le 31 mars, les amis d'Haïti ont promis d'investir 10 milliards de dollars pour financer la reconstruction. Et après? Une fois que les Haïtiens seront hébergés, les enfants retournés à l'école... quoi? Rien. La stratégie des pays amis d'Haïti ne prévoit pas de création de travail pour les Haïtiens et les Haïtiennes ni des mesures pour permettre la production de biens qui respectent les standards internationaux et ainsi favoriser la participation du pays à l'économie mondiale.

Haïti n'a pas besoin d'amis. Le pays a besoin de partenaires économiques. Il faut des leaders capables de trouver et de mettre en perspective les atouts du territoire et de développer les ressources humaines pour concurrencer avec le marché international. L'amitié ne pourra que redonner à Haïti que la place qu'elle occupait avant le 12 janvier, soit celle du pays le plus pauvre de l'hémisphère nord.

Frederic Boisrond, MBA

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